La fin du rêve de Perusse des Cars, le départ des acadiens de Chatellerault.

Chatellerault, le pont Henri IV

A partir de Juillet 1775, sur la colonie Acadienne les choses se gâtent sérieusement. Un certain Dubuisson qui se dit envoyé de Turgo fait son apparition sur la colonie, il critique ouvertement l'organisation et les méthodes de culture et fait miroiter aux Acadiens un possible établissement près de Cherbourg.

Il n'en faut pas plus pour convaincre les derniers hésitants et pour apporter de l'eau au moulin des meneurs de la rébellion.

De nombreux troubles ont lieux sur la Colonie et dans les villages. Les incidents les plus graves surviennent dans la nuit du 27 au 28 août 1775, des pierres sont lancées sur les maisons, les ardoises des toitures sont brisées, des pièces de bois jetées dans les puits.

Le 26 septembre on décide de transférer les Acadiens vers Nantes.

Le 7 octobre le Marquis de Perusse des Cars expédie un état des Acadiens "qu'il est le plus instant de faire partir"

"1- Ceux qui sont arrivés dans ce pays avec répugnance ont pu détourner leurs confrères du travail et de leur établissement et quelques uns de ceux qui, sans l'autorité légale de l'intendant, se sont établis d'eux-mêmes comme chefs et députés de leur nation.

2- Ceux qui habitent depuis dix huit mois des maisons qu'ils avaient demandées et que le Ministre avait cru juste de leur donner, attendu qu'ils étaient les premiers arrivés en Poitou, n'ont pas rempli par leur travail le intentions de sa Majesté.

3-Enfin quelques-uns de ceux qui ayant tiré au sort des maisons qui sont susceptible d'être habitées ne paraissent pas disposés à s'y fixer, puisqu'ils n'y ont pas été demeurer. Il est nécessaire que ceux là partent de préférence à tous les autres par les premiers bateaux qu'il sera possible d'envoyer."

En post scriptum il ajoute de sa main même:

"Les Familles qui sous aucun prétexte ne doivent être retenues, ni leur départ retardé sont:
J. B. DOIRON, Bazile HENRY, Charles HENRY, J.J LEBLANC, Jean RENAUD, Alex. ROBICHAUD, Joseph LEMERRE, Eustache PARE, Jean DELAUNE, Judith DUREL, Jacques LANGLOIS, Zacharie BOUDROT, Pierre HENRY, Olivier DUBOIS, Christopher DELAUNE.
Ceux de Chauvigny doivent aussi partir au plus vite car ce sont tous des proches de J. J. LEBLANC."

Le 24 octobre 1775, les bateaux de la Vienne emmènent un premier groupe de 28 familles, 116 personnes, à Nantes.

Un second convoi part les 13 et 14 novembre avec 314 personnes.

Malgré ces premiers départ les incidents continuent. Le Marquis de Perusse des Cars rapporte les faits suivants:

" Il y a un nommé Simon Aucoin, dit Mazerolle, qui doit partir par le prochain convoi, dont je me crois obligé de porter plainte à Monsieur le Contrôleur Général. Cet homme s'est permis dimanche dernier d'insulter à la porte de l'église les nommés Joseph Doucet, Jacques Bunel, J. B. hebert, Marin Daigle, J. B. Pouget qui tous sont des neuf familles restées à l'établissement et, après leur avoir dit beaucoup d'injures, il les a menacés de les faire assommer dans leurs habitations avant son départ."

Ce Simon Aucoin Dit Mazerolle fera parti du 3eme convoi de 459 personnes qui quitte Chatellerault les 6 et 7 décembre 1775

Le mauvais temps fait différer le départ du 4ème convoi, qui devait être le dernier.

Il partira en fait en 2 fois, le 6 mars, 311 personnes et le 13 mars 138 personnes. Deux familles listées dans ce convoi, partiront par leurs propres moyens, J. B. Bourgeois part pour La Rochelle et J. B. Hebert pour Nantes.

convoi N°1, convoi N°2, convoi N°3, convoi N°4


Sources pour cet article:
"Les Exilés Acadiens en France au XVIII siecle et leur établissement en Poitou" de Ernest Martin.
Notes Inédites de Ernest Martin.
Archives de la Vienne Papiers de Murard