Fabien Amateur est resté sur la colonie d’Archigny jusqu’à son départ pour la Louisiane, on le trouve en effet comme tenancier de la maison N°7 en 1784.

Je pense que l’on retrouve trace de ce départ dans les notes de Rameau de Saint Père prises lors de sa visite sur la Colonie Acadienne du Poitou en 1860.

Il interroge Benjamin Boudrot (mon ancêtre qui avait 83 ans)

" Il se rappelle très bien les adieux qu’on venait leur faire chez eux quand on partait, un de leur cousin nommé Ambroise ( c’est sans doute Ambroise Guillot ) vint un jour avec d’autres jeunes gens les embrasser tous, il y avait aussi un Sauvion;  son père et son frère voulait encore partir avec eux sa mère les retint. Cet Ambroise Guillot a écrit à ses parents d’ici il n’y a pas encore beaucoup plus d’une vingtaine d’année. "

Essayons de confronter ce texte à ce que nous savons.

Il y a erreur sur le prénom ce n’est pas Ambroise qui part mais Fabien Amateur le fils d’Ambroise. Ambroise Guillot était l’oncle de Benjamin.

Il parle d’un Sauvion, une sœur et un frère de Fabien se sont mariés avec des Sauvion en 1780 soit 4 ans après le départ des Acadiens de Chatellerault.

Fabien est décédé en 1834, 26 ans avant la visite de Rameau de Saint-Père, il a donc pu écrire plus de 20 ans auparavant.

Si la scène du départ se passe en 1785 Benjamin Boudrot avait alors 8 ans. 75 ans plus tard sa mémoire paraît encore assez bonne.

Fabien Amateur s’embarque de Nantes sur " L’Amitié " le 20 août 1785 en compagnie de son oncle. et arrive en Louisiane le 8 novembre de la même année.

29 Alexis BRAUD, journalier - 61
Marie GUILLOT, sa femme - 62
Marguerite BRAUD, sa fille - 20
Fabien GUILLOT, son neveu, marin - 23
Jean GAUTROT, son cousin, marin - 22

Remarquons le métier de Fabien Amateur, marin, depuis plus de 10 ans il est à Archigny, ou a t’il pu apprendre ce métier ?

Le 14 février 1786 il se marie a Donaldsonville avec Anne Giroire.

La transcription des actes de l’Eglise Catholique de Baton Rouge donne l’information suivante :

" Fabian Guillot, parents not given, married 14 Feb 1786 at Ascension Church, Donaldsonville, LA, to Theotiste Daigle, parents not given. Wit: Etienne Dupuis and Simon Dugas. (ASC-1,166). "

L’acte comporte une erreur on donne le nom de la mère de Fabien Amateur au lieu du nom de sa femme, Anne Giroire.

Qui est Anne Giroire?

Anne Giroire est la fille de Prosper Giroire et Anne Dugas qui ont habités quelques temps sur la colonie d’Archigny. La maison 49 leur avait été attribuée, un fille, Marie, est d’ailleurs née sur la colonie le 10 décembre 1774, elle décédera le lendemain.

Le 24 octobre 1775 la famille quitte Chatellerault pour Nantes ou naîtront 2 autres enfants.

Puis ce sera enfin le départ pour la Louisiane à Bord de " la Bergère "

Du mariages de Fabien Amateur avec Anne Giroire 4 enfants vont naître avant qu’une relation de consanguinité ne soit découverte.

L’étude généalogique de cette famille nous donne le diagramme suivant :

Dans son dictionnaire généalogique, (page 515) Stephen White rapporte :

" La dispense du troisième degré de consanguinité accordée lors de la réhabilitation du mariage de Fabien Guillot, petit fils de René Guillot et de Marguerite Doiron, avec Anne-Josèphe Girouard, petite fille de Pierre Girouard et de Marie Doiron (Rg Plattenville 3 septembre 1797) confirme que Marguerite Doiron était la fille de Jean Doiron. "

En comparant avec la généalogie on voit que Anne n’est pas la petite fille de Pierre Giroire mais son arrière petite fille.

De plus on savait déjà que Marguerite Doiron était bien la fille de Jean Doiron, à cause d’un procès intenté par René Guillot contre son beau frère Charles Doiron.

Le relevé de l’acte donne les informations suivantes :

" Fabian Guillot, parents not given, married 3 Sep 1797, 3rd degree consanguinity, at Assumption Church, Plattenville, LA, to Ana Giroir, parents not given. Wit: Ambroise Hebert and Joseph Hebert. (ASM-2,27). "

On y fait pas allusion à la famille Doiron.

Par contre les archives du diocèse de la Nouvelle Orléans gardent la trace de cette demande de dispense et ce que l’on peut y lire est tout à fait différent.
La dispense ne parle pas de la famille Doiron mais de la famille Boudrot on peut y lire en effet le 10 aout 1797 :

" Deva, Father Bernardo de Valenzuela, (Louisiana) à l’Evêque (Luis Penalver y Cardenas New Orleans, Louisiana)

Fabian Guillot et Anne Giroir étaient mariés depuis environ 10 ans quand ils ont découvert un empêchement de parenté lequel ils ont déclaré, en présence des deux soussignés témoins Joseph et Fabian Aucoin, être le suivant :

Claudio Boudreaux

Miguel Boudraux Juan Boudraux Maria Boudraux Maria Boudraux Theotista D'aigle Maria Dugat Fabian Guillot Ana Giroir les futurs maris et femme

Une dispense est demandée afin que leur mariage puisse être validé. Signé par Joseph Aucoin et Fabian Aucoin les témoins. "

Le 30 Aout la dispense est accordée. On peut penser que l’acte de validation du 3 septembre est basé sur cette dispense.

Un schéma peut résumé la parenté décrite dans la demande de dispense :

Les liens de parenté établis à partir de différents actes et déclarations donnent un schéma assez différent :

Et la encore on trouve de nombreuses différences avec les données généalogiques : la relation est du 3ème degré au 4ème degré, Michel Boudrot à disparu, Jean Boudrot a été remplacé par Claude Boudrot.

Marie Boudrot, la femme de François Daigle et la mère de Théotiste, est la fille de Claude Boudrot et Catherine Meunier, alors que Marie Boudrot la fille de Michel Boudrot est l’épouse d’Abraham Daigle le frère de François.

Ceci nous montre que les dispenses sont à prendre avec précautions, elles sont souvent basées sur des déclarations de témoins. Le fait qu’elles soient enregistrées par l’église ne leur donne pas valeur de source incontestable. La mémoire n’est pas toujours fidèle (voir Benjamin Boudrot qui, au début de l’article, confond le prénom du père et celui du fils).


François ROUX 29/02/2000