100 ans après l' installation des Acadiens dans le Poitou, que restait il de la colonie établie sur les brandes entre Archigny et La Puye?

Ces deux extraits de textes de l'époque tentent d'apporter une réponse.


Extrait d'une transcription, par Monique Hivert-Le Faucheux, des notes manuscrites de Rameau de Saint-Père en 1860.

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Ce ne fut pas sans une certaine émotion que j'aperçus les premières maisons qui avaient abrité ces malheureux émigrants.
Devant moi se déroulait comme une avenue interminable parfaitement droite, large de 30 pieds bordée de chaque côté par un fossé et une haie d'aubépine, sur chaque rive de distance en distance à 10 ou 12 mètres en arrière du fossé s'élevait une maison longue et étroite couverte en Ardoises et contenant 4 ou 5 compartiments, ces maisons étaient ordinairement situées vis à vis l'une de l'autre, de façon que l'une avait le puits et l'autre le four dont elles se devaient mutuellement la servitude réciproque, cependant en plus d'un endroit il n ' y a qu'une maison et le vis à vis manque, probablement parce qu'on n'aura pas complété toutes les constructions projetées en voyant les départs successifs des Acadiens. La plus grande partie des maisons est sur la rive droite. Les premières maisons sont bâties partie en pierre partie en terre, mais à mesure qu'on s'éloigne de La Puye elles sont entièrement en terre sauf un sousmurage qui dès l'origine a été fait en pierres ; - et sauf aussi les parties refaites depuis lors, et les nouvelles constructions qui depuis ont été ajoutées à plusieurs d'entre elles -

Toutes ces maisons sont entourées de deux ou trois petits morceaux de terre enclos de fossés et de haies sur lesquels sont des arbres fruitiers, des ormeaux etc. , l'un de ces petits clos est invariablement un pré fermé et entretenu autant que faire se peut en y dirigeant les eaux des terres et de la cour on a soin aussi de le fumer chaque année, le reste sont des jardins bien cultivés, et souvent plantés d'arbres fruitiers, devant la maison autour de la cour sont plantés divers arbres, ormeaux, aubiers, peupliers - un grand nombre de ces derniers espèce d'Italie, mais mal venants et petits sont plantés sur les bords des fossés qui bordent le grand chemin qui forme la ligne Acadienne.

Un grand nombre de ces maisons a dans sa cour une petite mare, Pavage des passages les plus mauvais - En arrière de ces petits champs plantés qui entourent les maisons s'étendent de grands espaces vides, où on ne voit aucun arbre et dont une partie est encore à l'état de brandes - Chaque concession se composait de 175 boisselées soit 17 hectares 50 -

Les maisons entièrement anciennes sont généralement d'une pauvre apparence et en assez mauvais état, quoique les murs en Terre soient intacts et bien conservés.
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Extraits de "Voyages en France" Berger-Levrault 1901

Toute la contrée est ainsi parsemée d'habitations rurales Une route, longue et régulière, parcourt la lande devenue fertile, nous la trouvons à la maison dite Basse-Chaussée. Ce grand chemin traverse la colonie des Acadiens.

Et l'on s'explique l'insuccès de la tentative. A cette époque, la plaine était une terre aride, couverte de bruyères et d'ajoncs. On ne connaissait pas les amendements calcaires, la culture fut donc infructueuse surtout aux yeux de gens qui avaient défriché les forêts de la Nouvelle-Ecosse aux terres opulentes. Cependant, le climat est doux. Voici, dans un jardin, des lauriers en pleine terre.

De larges pistes, boueuses l'hiver, couvertes de gazon l'été, divisent le sol: ce fut sans doute les limites des concessions données aux Acadiens.

L'Acadie est un hameau d'une dizaine de maisons bâties sur les bords de la route; un lambeau de landes est resté comme témoin de l'ancien état du sol. Il y a là une belle ferme neuve, à côté de rustiques demeures dont les murs sont un mélange de terre et de brande - ramilles de bruyères - battu avec force et devenu dur comme de la pierre. Ces habitations, qui ne ressemblent en rien à celles du pays, furent construites par les fugitifs sur le plan de leurs chaumières d'Acadie. L'une d'elles figure sur la carte sous le nom de Romain d'Aigle. Le propriétaire, nommé Dumonteil me la fit visiter. Il est, me dit-il, le petit-fils de ce Romain, mais il ignorait son origine acadienne ! Celle-ci lui a été révélée par l'ingénieur des mines qui vint chercher la trace des Acadiens et a trouvé dans les archives de Châtellerault les actes de répartition du sol.

Le sacristain d'Archigny, M. Daigle est un autre fils d'Acadien descendant de Romain.

Plusieurs de ces maisons sont désertes, elles servent maintenant de granges; les lézardes qui ont pu se produire sont bouchées avec de la maçonnerie ordinaire, car l'art de construire en pisé de brande est perdu. En somme, le souvenir de cet exode est effacé; cependant à la Ligne, où je retrouve des maisons d'Acadiens, on me signale un descendant des immigrants.

Mais dans toute la région, on n'en rencontrerait peut-être pas vingt ayant conscience de leurs origines.


Plan d'une maison de la colonie


Roux François            16/05/1998